Point de vue : l’IA ne se joue pas dans les modèles, mais dans tout ce qui les rend possibles.

Vendredi dernier, j’étais à EuraTechnologies, à Lille, pour le Sommet IA avec Nous, l’acte II français de l’IA après Paris, alors que la France préside le G7 et à quelques jours du sommet d’Evian. Une journée dense, à un moment où le marché se réorganise.

Voici les enseignements que j’en retire. Retour sur le Sommet IA de Lille du 12 juin… et sur ce que le week-end suivant est venu démontrer.

– Une tribune rédigée par João Santos Calhas, Directeur International de CNS Communications.

Enseignements.

1. Le débat a changé de niveau.

Le vrai sujet, ce ne sont pas les modèles : c’est l’ensemble de ce qui permet à l’IA de fonctionner.

Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, a posé l’idée d’une troisième voie française : ni dépendance, ni isolement. Mais les interventions les plus marquantes ne portaient pas sur les modèles. Elles portaient sur tout ce qui rend l’IA possible : l’électricité décarbonée, les data centers, les réseaux, les territoires.

2. Les Hauts-de-France assument une ambition d’infrastructure.

Le sujet de l’IA est devenu un sujet d’aménagement du territoire et de souveraineté autant que de technologie.

La région revendique désormais le statut de « vallée de l’IA ».

Son président, Xavier Bertrand, annonce avoir sécurisé 6,5 gigawatts de puissance de calcul, l’équivalent de six réacteurs nucléaires !ソフトバンク prévoit jusqu’à 75 milliards d’euros pour des data centers IA en France ; avec le fonds canadien Brookfield, 55 milliards sont fléchés vers les seuls Hauts-de-France.

Les atouts du territoire sont concrets : friches industrielles déjà raccordées, énergie décarbonée avec la centrale de Gravelines, interconnexion par câbles sous-marins. Et une ligne assumée : la région entend choisir ses partenaires plutôt que de dérouler le tapis rouge à tous.

3. La souveraineté est sortie du registre du slogan.

Une IA réellement souveraine suppose de maîtriser toutes ces couches, pas seulement le modèle.

Octave Klaba a exposé l’ambition d’OVHcloud : couvrir l’ensemble de la chaîne, de l’infrastructure physique à l’infrastructure technologique, jusqu’aux frameworks d’usage et à la fourniture de tokens.

Il a d’ailleurs rappelé une réalité peu connue : la plupart des modèles open-source que l’on considère comme souverains en France sont en réalité d’origine non-européenne.

4. La place de l’humain devient une question de gouvernance… et de philosophie.

Au-delà de la technologie, c’est une exigence éthique que les grandes organisations vont devoir formaliser.

Le groupe Mulliez a présenté la charte qui encadre chez lui le rapport entre l’humain et l’IA : une IA au service de l’homme, et le principe clair qu’une personne ne sera jamais réduite à une simple donnée.

J’ai assisté à un échange sur les impacts anthropologiques de l’IA (ce qu’elle déplace dans notre rapport au travail, au savoir, à ce qui fait le propre de l’humain) que je n’aborderai pas ici* mais qui m’a sincèrement nourri.

*C’est le genre de sujet qui mérite des conversations plus longues, et je serais ravi de les avoir avec celles et ceux que ces questions intéressent.

L′enjeu réel.

Nous parlons de modèles, alors que l’enjeu réel est tout ce qui rend l’IA exploitable.

L’IA en production n’est pas un problème de data science.

C’est un enjeu de réseau, de sécurité, d’observabilité et de maîtrise des coûts.

J’ai été particulièrement attentif à l’intervention de Michel Lutz, CDO de la compagnie TotalEnergies (que nous accompagnons chez CNS depuis plus de quinze ans sur ses sujets d’infrastructure IT majeurs) sur la manière dont l’IA s’intègre déjà au quotidien de ses activités industrielles. C’est précisément notre métier : permettre à de grandes organisations internationales de faire fonctionner l’IA, à l’échelle et dans la durée.

Et puis le week-end est arrivé.

Il a apporté une illustration que personne n’avait anticipée : l’un des modèles d’IA les plus avancés du marché a été suspendu du jour au lendemain à la suite d’une décision gouvernementale. L’éditeur conteste, et le dossier n’est pas clos. Mais la démonstration est faite : un service critique opéré ailleurs peut être interrompu par une décision dont on n’est pas partie prenante. Quid de l’impact si ce modèle était déjà au cœur d’une activité stratégique d’une société française ?

La souveraineté n’était pas un thème de colloque.

Ce week-end, elle est devenue une question très concrète de continuité opérationnelle.

Au-delà de mes responsabilités internationales chez CNS, c’est un sujet qui me semble devoir tous nous interpeller. Et il entre en résonance directe avec ce que nous sommes : une société indépendante, pour qui l’autonomie stratégique n’est pas un slogan de circonstance mais un driver historique.

On comprend mieux la valeur de cette indépendance le jour où d’autres en découvrent brutalement le prix.

Rédigé par

Joao Santos Calhas

Directeur International

Directeur International de CNS Communications.

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